visibles

Publié le par madau

Urgent, rendre visible les " délogés "

 

C’est bien pour dénoncer publiquement le scandale du " délogement ", la misère et l’isolement qui en résultent, que les Enfants de Don Quichotte et leurs amis ont ouvert ces campements au cœur de l’hiver. J’ai signé la charte parisienne spontanément, sans états d’âme et j’ai passé durant ce week end, quelques heures avec ceux de Bordeaux. Visibles dans le triangle d’or, entre le manège et les chalets du marché de Noël en plein démontage, depuis vendredi une quarantaine de champignons de couleur intriguent les passants. Après il faut franchir le pas, aller jusqu’aux habitants de ce village provisoire et dont la vie souvent a basculé des non droits successifs jusqu’à la rue. Des " logés " comme Patrick, sont venus les soutenir et resteront avec eux une nuit ou plus. La solidarité s’organise doucement, les " campeurs " parlent avec les " visiteurs "de leur vie d’avant, de leur vie rêvée. Les Emmaüs ont envoyé de la soupe chaude, on nous invite à la partager. Nous sommes de tous ages, engagés ou non dans des organisations ou dans l’humanitaire mais convaincus qu’il fallait rendre visible ce que la société veut cacher, le malheur des autres qui peut être un jour notre malheur. Une femme s’approche discrètement et s’adresse à moi " je me demande si ma fille est là ". J’écoute : " elle a un petit travail dans une brasserie mais elle ne gagne pas assez pour verser la caution d’un logement et moi je n’ai pas les moyens de l’aider, elle est dans un foyer, mais je crois qu’elle ne viendra pas, elle ne voudrait pas être reconnue, dans son travail vous comprenez… ". Elle n’ira pas jusqu’aux tentes, elle a raconté son histoire et il y aura ainsi de jour des petits bouts d’histoires parfois très dures à entendre, parfois histoires sans paroles, visages marqués, corps blessés. Et puis, il y a les chiens, les chiens tendresse, les chiens que l’on n’accepte pas dans les foyers (dans les maisons de retraite non plus), des chiens que d’autres avaient abandonnés à cause de la patte cassée ou des vacances. Demain un vétérinaire a promis de venir les vacciner gratuitement et ma copine Josette de Caudéran viendra avec des boites, des croquettes, sa manière à elle d’accompagner les enfants du village et de réchauffer les cœurs de ceux qui préfèrent ne pas manger que d’abandonner leur compagnon de misère. J’ai dit misère, non je n’aurai pas du, aux allées Tourny après les lumières fragiles et factices des Noël de consommation et d’égoïsme je viens de rencontrer des trésors d’humanité. Madau

Publié dans Résistance

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Didier 10/01/2007 21:44

Quel beau texte Madau, et que les mots sont importants, les mots des écrivains comme toi, des poètes, des « intellectuels », des ouvriers, des inconnus de la rue.
Grâce à toi j’ai partagé un moment avec mes frères oubliés,  promis demain je les visite !
Didier